Laure
TVA
…AUJOURD’HUI ON APPRENAIT QU’UNE JEUNE FEMME, AGÉE DE 17 ANS AURAIT POIGNARDÉ SON PÈRE TÔT CE MATIN ALORS QUE CE DERNIER DORMAIT. LA SPCUM A REFUSÉ DE COMMENTÉ L’AFFAIRE, MAIS IL SEMBLERAIT QUE C’ÉTAIT SUITE À UNE SÉRIE D’AGRESSIONS SEXUELS COMIS PAR LE PÈRE QUE LA JEUNE FILLE A COMIS CE QUE LES POLICIERS JUGENT D’HOMICIDE INVOLONTAIRE. MA FOI, JE DOIS DIRE QUE CETTE HISTOIRE ME DONNE DES FRISSONS.. PARLANT DE FRISSONS, IL FAISAIT FROID AUJOURD’HUI COLETTE?!
Laure ferma le petit téléviseur. C’était la seule chose qu’il lui restait de son ancienne vie. Tout avait basculé en quelques mois; ses rêves, ses certitudes, tout ce qu’elle pensait avoir pour toujours, tout, lui a été dérobé. Elle ne pouvait pas en vouloir à son père. Il était la seule personne a s’être vraiment soucier de leur bien-être, à eux, elle et sa mère. Il était loin d’être un père exemplaire mais il était un père riche, on pouvait lui pardonner toutes ces fêtes, tous ces moments joyaux qu’une famille normal vit. Normal? Sa famille l’était-elle maintenant? Et de toute façon, qu’est-ce qui était normal dans la vie? Laure ne pût s’empêcher de penser à cette pauvre fille qui a été violé par son propre père, père qu’elle venait de liquider. Décidément, rien ne l’était dans cette vie merdique. Elle se leva et alla dans la chambre, un homme attendait dans l’ombre. Chauve, une grosse paire de lunette sur l’arcade de son nez, de petites oreilles, un visage plein de furocles, sans doute des anciennes brûlures, il avait les dents jaunes, maigrichon, des beaux vêtements propres. C’était comme une sorte de constume qu’il devait enfiler à chaque jour pour l’enlever seulement les nuits où il était avec elle. Elle, elle pouvait voir ce qu’il était vraiment. Un raté. Il avait tout raté dans sa vie. Son métier l’emmerdait, la seule femme qui avait bien voulut de lui l’avait quitté, il ne connaissait pas ses enfants. Rien ne donnait envie. Et pourtant en quelques minutes elle était nue devant celui que les filles appelaient le Psy. Les filles, c’étaient ceux du club où elle dansait pour gagner sa vie maintenant. Elle s’installa sur le lit et laissa le Psy faire ce qu’il était venu faire, pendant ce temps elle essaya de se rappeler les souvenirs de sa vie d’avant. C’était la seule façon qu’elle avait trouvé pour accepter cette sorte de vie artificielle qu’elle s’était donnée.
Parfois, elle ressentait une certaine gêne à s’impreigner de ces moments comme s’ils étaient vrais, comme si c’était elle, Laure, l’enfant de l’automne, qui les vivaient. Quelque part dans les méandres des bars, elle avait perdu cette enfant, cette Laure qu’elle s’imaginait pendant qu’eux, les hommes, s’impregner de son âme, de sa personne. C’était une sorte de vide qu’ils laissaient autour d’eux, ces hommes. Une fissure béante, qui petit à petit pénétrait plus profondondément, jusqu’à ce que leurs victimes ne resente plus la nécessité de vivre, de respirer, de penser. Ces hommes, ils étaient violents. Leur violence, c’était tout ce semblant de tendresse qu’ils donnaient, cette galanterie flateuse sous laquelle ils cachaient la peur des femmes qu’ils avaient. Parce qu’ils avaient peur; la femme, ils y voyaient un grand mystère, un truc qu’ils ne pourraient jamais contrôlé entièrement, alors ils faisaient tout pour l’empêcher de nuire.
Tu n’es qu’une garce.. t’entends? Une garce.. C’est ce que tu es.. tu n’est rien qu’une garce.. une sale garce.. garce.. oui.. garce…
Laure senti qu’il s’était mis en tête de la faire jouir. C’était un besoin. À la fin, il pourra se dire qu’il est un vrai homme. C’était un besoin. À la fin, il se tournerait vers elle et s’en irait, rassuré de l’avoir dominé. Le besoin, c’était aussi ce désir de contrôler, de rompre, faire plier l’autre. Le faire plier à sa volonté. Laure garda le silence. Il tomba sur elle.
Excuse moi…
Ensuite, il y avait ce silence. Gêné d’avoir montré ce qu’il était vraiment. C’est cela son excuse, il s’excusait d’être, d’exister, d’avoir le besoin de sentir que quelque chose était sous sa domination, était à lui. Elle était un peu comme un jouet, il avait payé et maintenant il avait le droit de faire ce qu’il en voulait.. même la brisé. C’était quelque chose que Laure n’avait jamais compris chez ces hommes; le besoin de détruire, cette obsession pour la souffrance, pour le chaos. Quelque part, dans leurs coeurs, on devait y avoir mis de petites bombes qui ne demandaient qu’à être déclencher.
Il finit par se lever. Il se remit son constume et déposa l’argent sur la petite commode. Laure l’examina. Ses gestes étaient synchronisés, rien n’était laissé au hasard. Il reboutonnait son patalon, sa chemise, enfila ses souliers, ajousta son col et attacha sa cravate.. On aurait dit une sorte de rituel minitieux. Il y voyait peut-être une façon de se pardonner à lui même d’avoir cette bombe à l’intérieur de son corps. C’était des secrets qu’il fallait taire. Comme ce désir de faire mal, de giffler, de vouloir faire crier l’autre de douleur. Laure se doutait du genre de vie qu’il a menait: il était le ringard de l’école au lycée. Personne n’avait de respect pour lui, il ne ressentait donc pas le besoin d’en avoir pour lui même. Ici, dans ces murs, il croyait pouvoir une fois dans sa vie, se sentir désirer, accepter, respecter. Les “garce” qu’il aimait crier était sans doute ceux que son père disait à sa mère en la tabassant. Lui, il restait là , à regarder. Il n’avait jamais eu le courrage de s’interposer. Ici, il n’affrontait pas seulement son propre chaos, il y affrontait aussi sa plus grande peur; n’avoir jamais rien fait pour être un homme.
Il s’en alla dans l’ombre de sa chambre. Il referma la porte. Un habitué. Laure ouvrit la fenêtre pour sentir les caresses du vent. Elle s’endormis en rêvant de ciel tricolore et de roses qui poussaient.