Je
Au commencement, il n’y eu que moi. C’était mon monde, ma vie, l’innocence de l’enfance. Je me rappelle que j’imaginais que la vie se résumé à cette maison, à ces ruelles que j’empruntais pour aller à l’école, à ces quelques arbres, à ce ciel bleu, à ce soleil splendide qui me réchauffait le coeur et l’esprit lorsque je courrais après les moineaux. C’était ça le monde. J’était loin de savoir qu’au-delà de tout ça se cachait un monde froid, distant, que le soleil avait fuit pour se réfugié dans mes yeux et dans mon coeur. Avais-je étais égoïste? Après tout, j’avais kidnappé le soleil, la chaleur, la lumière, la vie, le bonheur, l’amour au reste du monde pour ne le garder que pour moi. Je me rappelle que j’étais heureux. Oui, je l’étais. Aujourd’hui, cette certitude est souvent un souvenir. Quelque chose que j’ai touché, que j’ai ressenti, que mon âme a goûté. C’est comme une odeur que l’on est habitué à sentir et le jour où elle disparaît, on ne peut arrêter d’humer l’air dans le vain espoir de retrouvé ce parfum. Et parfois il arrive qu’en marchant, qu’en parlant à quelqu’un ou en faisant notre épicerie, on la retrouve. On fait “Je connais cet odeur.. “, elle nous rappelle un moment ou une personne particulier. Et puis, elle disparaît comme elle est apparu. On passe alors plusieurs heures à se demander ce que cet odeur nous rappelle. Lorsqu’on trouve, on essai à nouveau de la sentir mais elle n’est plus là . C’est cela le bonheur. C’est un truc qu’on touche une fois.
La déchirure se fit un jour de printemps, il faisait beau dehors. C’était une de ces journées où on se lève et qu’on se dit qu’on est la personne la plus chanceuse du monde, qu’aujourd’hui, rien, non rien, ne peut nous arrivé. J’étais parti courir encore après les moineaux. Je ne me rappelle plus quel plaisir je tirais à courir après les oiseaux. Je devais sans doute me dire qu’un jour j’arriverais à en attraper un et que je pourrais troquer mes pieds pour ses ailes. Voler. Quelle fascination pour les hommes, comme si Dieu en nous faisant à son image nous avait donner également le désir d’être parmi les nuages. En revenant chez nous, j’appris que je l’avais perdu. Ce parfum. Il n’était plus là . Je m’en rendis compte au moment où j’attendis mes parents parler de guerre. Enfant, je ne savais pas trop ce que ce mot signifiait. Je savais juste qu’il faisait mal aux oreilles et que le prononcer me donner la nausée, comme si tout mon corps, mon âme, savait d’avance la signification même de ce nom, de tout le mal qu’il accompagne, de la souffrance, de la douleur, de la haine et la violence, la brutalité qu’il symbolise. Guerre. C’était un nouveau parfum. Il ne sentait pas bon et je me suis donc bouché le nez et fait semblant qu’il n’existait pas. Mais que l’on veuille ou non, on ne peut pas rester dans cette position indéfiniment et je dû bientôt être confronté à toute l’ampleur de ce que je venais de perdre.
Je me demande parfois ce qu’aurait été ma vie si ce mot n’était jamais rentré dans ma maison, dans mon monde. Peut-être aurais-je continué à être heureux. C’est drôle comme il y a eut beaucoup de peut-être à partir de ce jour fatidique.