Laure
Laure est née un soir d’automne et tout le monde sait que naître un soir d’automne est un mauvais présage, du moins, les gens qui accordent une quelconque importance à ce genre de baratin. Pourtant, elle était un magnifique bébé. C’est ce qu’on disait d’elle. Les mots ont ce pouvoir d’opérer sur les gens sans même qu’ils en prennent conscience. Bébé Laure n’eut d’autre choix que d’accepter d’être belle. Pas qu’elle l’ait voulu. Non loin de là . Elle n’avait tout simplement pas le choix. Si on disait qu’elle était belle, elle était belle. Point. Plus années passèrent, plus ce mot eut de l’emprise sur elle et elle devint de plus en plus belle. Il est très difficile d’expliquer quand et comment elle s’en rendit compte mais depuis ce jour, tout fût différent. Se rendre compte que l’on a quelque chose que les autres n’ont pas change la majorité des gens. En plus d’être belle, et de le savoir, Laure avait tout. Son père avait un bon compte en banque et jamais sa petite princesse ne devait manquer de quelque chose. Mais Laure, en ayant tout, avait également rien. À l’époque, elle ne s’en rendait pas compte. À l’école, elle était la plus belle, celle dont tout le monde parle, dont tout le monde se “doit” de parler s’il ne veut pas paraître ridicule ou démodée. Car, à l’école, surtout après la sixième année, il y a tout un code d’éthique qui se doit d’être respecté par un étudiant s’il veut être bien vue dans son établissement. Être jeune ça voulait dire ça aussi, être con, ne pas avoir de conscience propre. On se définissait par les autres. Les autres disaient que Laure était belle. On ne pouvait pas se mettre à dire le contraire. C’était impensable. Même si en dehors de l’école, les gens murmuraient des choses méchantes sur son compte, à l’école, personne n’osait le lui dire. Elle était la reine. Elle était Laure. La fille des trois B: branchée, belle et brillante. Oui, Laure, contrairement à la majorité des autres filles, voir de toute l’école, Laure savait. Elle savait comment marcher, comment parler, comment se pencher pour attirer l’oeil, comment faire bander même le plus chaste des mecs, comment se faire pardonner d’être trop belle. Laure savait. C’est peut-être cela qu’on lui enviait tant, de savoir. Ça et le fait d’avoir un père riche. Laure s’en vantait souvent. Après tout pourquoi pas? Elle était heureuse. Elle était riche. Sa vie valait la peine qu’on en parle, qu’on salive, qu’on en soit jaloux.
Laure s’imaginé être de ces gens qui sont née pour vivre heureux, sans jamais se tracassé, sans jamais pensé à autre chose qu’à soit. Cela, c’était quelque chose que Laure ignorait. Depuis qu’elle était jeune, on ne l’avait confronté qu’à elle-même, à sa vie, qu’à son monde de luxe. Ce que plusieurs appelaient narcissisme, égoïsme, Laure elle appelait ça vivre, être complet, être heureuse sans avoir à remercier personne, sans se confondre à tous ces ingrats, à ces moins que rien qu’était le reste du monde. Après tout, on pouvait pardonner Laure de tout ce qu’elle était car au bout du monde elle n’était pas grand chose. Elle avait tout mais n’avait rien.
Quand les feuilles ont commencé à rougir, Laure fêta son seizième anniversaire dans une de ces boîtes de nuit branchée qu’elle avait commencé à fréquenter. Laure n’était pas majeur mais on s’en foutait, son père avait de l’argent et elle avait une Black Visa. Cette carte, son père la lui avait offerte à ses douze ans parce qu’il ne pouvait pas vraiment être auprès de sa princesse à cause du bizness. Laure se souvenait qu’elle avait longuement pleuré ce qu’elle considérait comme de la traîtrise. Comment pouvait-il préférée sa biz’, comme il l’appelait, à elle. Pas qu’ils aient été proche tous les deux. Non, Laure ne le voyait déjà pas beaucoup alors qu’elle apprenait à marcher. Mais il s’était toujours arrangé pour être là pour ses anniversaires. Le pire, c’est son cadeau. Elle avait l’habitude d’avoir au moins dix cadeaux, et ce seulement de la part de son père. Voilà qu’il lui offrait ça, une carte. Laure se promis de se venger un jour. Et puis, elle apprit à quoi cette carte servait. Elle pouvait avoir tout ce qu’elle voulait avec. C’était comme avoir de l’argent, sans vraiment l’avoir. Laure aimait faire semblant. Elle avait toujours fait comme ça. Elle faisait semblant d’avoir de l’argent, d’être heureuse, de tout savoir.
Bref, c’est ce soir là que la déchirure se fit. En voulait se payer deux verres, elle donna sa carte et elle fût refusé. Laure ne comprit pas et puis quelqu’un lui paya son verre. C’était un homme, charmant, les yeux verts. Il était beau. Elle était belle. Ils étaient fait l’un pour l’autre. Plus tard dans la soirée, Laure apprit que son père avait été arrêté aux douanes pour fraudes. Il était ruiné et de ce fait même, Laure venait de perdre le bonheur, un truc qui l’avait souvent frotté au nez et maintenant l’odeur, elle n’était plus capable de se la rappeler, de la sentir à nouveau.