V.
V regardait l’avion qui décollait. Elle venait d’arriver dans ce pays froid. Elle n’avait que onze ans cet hiver. Elle était là , ses cheveux sombres dans le vent mordant, la main tendue vers celle de cet homme gigantesque qui l’observait d’un oeil sombre. Il avait la main raide, solide. C’était comme un bloc de pierre qui écrase une fleur. V baissa son regard, il n’aimait pas qu’elle le regarde ainsi. Il ne l’aimait pas tout court. V le savait. L’amour, c’est un truc qu’on ressent. V tout ce qu’elle pouvait ressentir c’est toute sa rage, son dégoût, sa violence, sa honte, son désespoir.
Pourtant, ça n’a pas toujours était ainsi. V se rappelle vaguement de ces années où il était plus tendre, plus aimant, plus joyeux, moins dur malgré le colosse qu’il était. Elle se souvient de ce bonheur qu’ils avaient connu. C’était avant qu’elle vienne au monde tout ça. Avant même que sa mère ne meurt en couche en donnant son dernier souffle à V. Un baiser mortel qui se fit entre leurs deux âmes, comme un doux secret qu’ils étaient les seul à connaître: vie pour moi. V. s’en était longtemps voulu, de vivre. Elle s’en veut encore aujourd’hui. La mort, c’est cela qu’elle représentait aux yeux de cet homme qui était aussi son père. Au moment même où on lui a expliqué le décès de la femme qu’il a aimé. Car, oui, il l’aimait sincèrement. Il vivait pour elle. Il vivait d’elle. C’était sa seule raison d’exister et maintenant il n’en avait plus. Tout ça lui avait été voler, piller, sa vie entière avait volé en morceau dans ces quelques mots: votre femme est morte en couche. Ces quelques mots avaient anéanti un homme, une vie. Ces quelques mots avaient déchiré un monde, des rêves, des possibles qui maintenant n’existeraient sans doute jamais. Il lui en voulait pour ça. Lorsqu’on lui tendit V, au début il ne voulut pas la toucher. De peur qu’elle ne lui donne la mort également. Après quelques jours, il accepta de la tenir quelques secondes avant de la rendre à l’infirmière. Il ne l’aimait pas. Il la trouvait trop petite, trop blanche, et ces yeux gris qui lui rappelait tant celle qu’elle avait condamnée. En fait, plus elle grandit, plus elle ressembla a sa mère et plus la haine du père grandit.
Et puis, un soir que V dormait dans la petite chambre que sa mère lui avait aménagé avant sa naissance, l’homme arriva en criant des mots, il tapa à la porte mais n’arrivant pas à rentrer sa colère monta. V décida d’aller lui ouvrir. En entrant, il lui demanda pourquoi elle l’avait enfermé dehors, pourquoi elle la regardait comme ça, pourquoi elle faisait tout pour qu’on la haïsse. Et puis, il frappa. C’était la seule chose à laquelle il avait pu avoir un certain contrôle, sa violence, sa démence, sa folie meurtrière qui s’abattit toute la nuit sur V. La fleur courba sous les coups de l’homme-de-pierre. Elle souplia, pria, s’excusa d’être ce qu’elle est mais rien n’y fit. Jusqu’à ce qu’il tombe endormi dans son fauteuille. V connaissait cet haine, elle n’était pas justifié, aucune haine ne l’était, mais qu’y pouvait-elle? Elle était sa propriété, il lui avait dit: ta vie est à moi, faute d’avoir voler la mienne. Elle avait accepté, elle s’était condamnée.
Aujourd’hui, V venait d’arriver dans un nouveau pays. Le cabinet de son père l’avait envoyé là pour affaire pendant quelques semaines, il s’était crée des liens et finalement avait décidé de venir y habiter. V savait que c’était pour fuir l’autre vie, celle qu’il avait perdue à cause d’elle.
Deux mois passèrent sans que l’homme-de-pierre ne refasse surface. C’était ces quelques huit semaines que V toucha à ce royaume qui lui était encore inconnu, le bonheur. Elle connu pour la première fois l’homme d’autre fois, l’homme qui vivait d’amour, l’homme aimant, joyeux, moins dur. Et puis, il sombra à nouveau dans ses ténèbres. Cette déchirure se passa lorsque l’entreprise pour laquelle il travaillait fit faillite, le big boss avait été incarcéré pour fraude.
Ce soir là , l’homme entra dans la maison en parlant fort et en disant que tout était de la faute de cette gamine de la mort. V essaya de se cacher dans sa chambre mais il réussit facilement à l’ouvrir et ces yeux rouges de colère se posèrent sur son corps frêle. Elle venait d’avoir seize ans, elle commençait à devenir une femme et elle était, malgré sa peau trop blanche, belle. Elle était vachement attirante et ces yeux gris… Il l’attrapa par les bras, lui frappa la tête contre le mur et lui dit que si elle ne faisait pas ce qu’elle voulait, il la frapperait à nouveau. Il lui demanda si elle avait bien comprit. V hocha de la tête, elle accepta. Elle se condamna à nouveau. L’homme-de-pierre lui demanda de se déshabiller. Elle le fit sans gêne, il lui avait déjà demandé ça autrefois mais ne l’avait pas toucher. Il n’avait fait que regarder avec un sourire grotesque. Il lui demanda de s’approcher. Plus près. Regarde moi. Elle le fit. Il resta là un moment puis avança sa main vers sa poitrine. Il palpa. Puis sa main descendit et se perdit dans ce jardin secret qui ne l’était plus vraiment. Ses doigts la percèrent. Elle n’avait jamais été touchée par un homme. Chuut. Ne crie pas. Elle ne le fit pas. Puis il se pencha vers elle pour l’embrasser. Elle se laissa faire. Ces lèvres, elles goûtaient la haine, elles goûtaient la rage, elles ont le goût du sel et de la fureur de la mer. Couches toi là . V le fit. Sa main continua a se promener sur son corps. Ces yeux noirs la fixa. Elle pouvait y voir les lambeaux de son âme meurtrie qui flottait dans ce regard sombre. Puis, il détacha son pantalon avant de rentrer son verge dans la fente. Il cria des mots. Tu aimes ça ma salope. Tu aimes ça hein. Il dit le nom de sa mère. Il ne s’en rendit pas compte mais elle si et elle pleura. Pas qu’elle ait mal physiquement. Non, toute sa douleur, elle a ressentait au tréfonds de son âme. Elle avait mal là où les larmes ne pouvaient pas couler. Elle ne voyait que son âme qui à chaque fois qu’il entrait en elle, il y déchiré un morceau de ce qu’elle était. De ce qu’elle aurait pu être. Du peu de bonheur qu’elle avait connu. Tu es mienne salope. Ne l’oublie jamais.
Et elle le fit, elle n’oublia jamais.