Archive for janvier, 2007

Je

Je cours, je fui la vie, la mort, la guerre, la dure réalité d’avoir perdu. Cette année, j’ai perdu l’innocence, la paix, la sensation de vivre, d’être heureux, le bonheur. Cette année, j’y ai perdu mon enfance et on m’a noyé dans le monde des grands, ce monde où rien ne brille, où tout est froid, tout est mort. Plongé dans cet océan de violences, dans cette mer de sang et de cris, je me suis senti comme trahis. Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi j’ai eu cette sensation de traitrise de la part des plus vieux. Après tout, on ne m’avait rien promi, on ne m’avait pas garanti que je serais heureux toute ma vie, que je ne connaîtrais que ces petites ruelles qui menaient chez moi, que je passerais mon existance dans ce paradis enfantin.

Je cours, je fui la fin, la violence des hommes, la réalité de la guerre qui fait rage. Car, il n’y avait que cette réalité, aucune autre à laquelle m’attaché. Toutefois, cette réalité je la vivais comme un spectateur non interessé et non comme j’aurais du la vivre. Je la voyais qui meurtrissais mon âme comme ces balles qui avaient fait des trous dans ces centaines de cadavres étendus dans les rues et pourtant je restais insensible, intouchable, inconscient de tout ce que je venais de perdre. J’étais comme sous anesthésie, privé de toute la douleur que j’aurais du normalement resentir. Je vivais cette guerre sans vraiment la vivre. Mais qu’y pouvais-je d’être un enfant dans un monde d’adultes? D’être un enfant qui ne comprenait pas, qui ne savait pas? Trop jeune. C’était cela mon excuse mais aussi mon bouclier, mon armure pour que toute cette violence ne m’éttripe, ne m’enlève les derniers vestiges de moi-même.

Je me rappelles de ces femmes que j’avaient vu et qui étaient déchiré, mutilé à un endroit où aucun instrument, aucune médicine, aucune science ne pouvait guérire. La guerre c’était cela aussi. Des femmes qui pleuraient. Des femmes qui criaient. Pour les hommes, c’est la mort, la fin, la paix. Mais les femmes, eux, survivaient. Le plus cruel dans une guerre ce n’est pas la mort, mais d’y survivre en ayant perdu notre seul raison de vivre. Beaucoup tout au long de leur vie se trompe d’ennemi. Ce n’est pas la mort qu’il faut affronter, c’est la vie. Je me rappelles de ces mères qui enfuisaient le cadavre encore chaud de leur enfant dans la terre. C’était des ombres, des tableaux privé de toute couleur, de toute gaieté, de toute vie. Elles éraient dans les rues, en criant, en priant, déchiré par la réalité sanguinaire de la guerre. Aucun mot ne pouvait les apaiser, rien ne pouvait les guérir, rien ne pouvait atténuer leur souffrance sinon la mort elle même. La guerre, c’était cela. Des hommes qui se battent. Des enfants mis-en-terre. Des femmes mutilés par ce viol sanguinaire des hommes, de leur guerre, de leur violence et de leur haine.

Je voulais fuir cela. J’avais mon âge comme seul arme et je l’utilisais. J’étais jeune. Est-ce ma faute si c’était la guerre? J’étais jeune. Est-ce ma faute si je n’avais pas voulu partagé mon soleil, mon bonheur, ma joie avec les autres? J’étais jeune et je sentais pour une première fois les morsures de la vie.

Dix. C’est le nombre d’années qui se sont écoulé depuis ma fuite dans ce nouveau pays froid. J’ai fuis un monde pour un autre, une guerre pour une autre. Ici, les gens sont aussi en guerre. Ils se battent pas avec des fusils, ni des machettes, ils se battent avec des mots, des bouts de papier, des gestes. Leur violence est plus surnoise mais tout aussi destructeur. Tout est froid ici. Les arbres, le ciel, le soleil, les gens. Tout est faux ici. Les arbres, le ciel, le soleil, les gens.

Je haie cet odeur de fumée. Je haie ces rues où les gens se croisent, se touchent sans vraiment se voir. Dix ans c’est cent-vingt mois, quatre-cent-qautre-vingt semaines et trois-cent milles trois-cent soixante jours et presque autant de lévé de soleils. Dix ans, c’est aussi le passage obligé de l’enfance à l’âge ingrat de l’adolescence. C’est le début d’un voyage dans un navire changeant, que l’on ne maîtrise pas très bien. Je passe ma vie entre la maison et l’école, entre ce vestige de familles décimés par la guerre et la réalité et ces visages superficiels du secondaire. L’adolescence c’est une quête pour retrouver ce qu’on avait, ce qu’on pensait avoir, ce qu’on croyait détenir. Quand est-ce qu’on l’a perdu? Quand est-ce qu’on ne vit plus avec nous-même? Car, c’est cela la tragédie de la vie, c’est de la perdre. De perdre qui nous sommes. De perdre qui nous deviendrons. De perdre qui nous sommes supposés êtres.

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